Qui sommes-nous ?

De la Loge de Saint-Louis, fondée en 1750, aux Enfants de Gergovie, la maçonnerie a toujours eu beaucoup d’influence dans le Puy-de-Dôme. Les frères ont joué un rôle moteur dans la vie publique locale et les épisodes clermontois de l’histoire de France.

La Loge Les Enfants de Gergovie, née en 1868, est la loge mère de la franc-maçonnerie clermontoise.

Son histoire mérite d’être comptée.

De 1868 à 1900.

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Le 21 février 1868, le ministre de l’Intérieur informe le Préfet du Puy-de-Dôme qu’une loge maçonnique « doit allumer ses feux » le 8 mars, sous le nom distinctif Les Enfants de Gergovie, et lui demande « de donner les ordres nécessaires pour qu’il ne soit apporté aucun empêchement à cette réunion ».

Pour des raisons matérielles, ce n’est que le 15 mars que la loge ouvre ses travaux sous la présidence d’Auguste Martin, Vénérable de la loge « La Libre Pensée » à l’Orient d’Aurillac.

La loge « Les Enfants de Gergovie » est dévouée à l’Empire.

La loge est marqué par l’Empire. Par son nom d’abord. Depuis la visite de Napoléon III en juillet 1862, les notables clermontois ont toujours à la bouche le nom de Gergovie. On vient d’ailleurs de trouver le lieu officiel de la victoire de Vercingétorix sur Jules César, au Sud de Clermont.

Par le choix de son responsable ensuite. en effet, le premier Vénérable n’est-il pas le frère Casimir Fournier, officier comptable de première classe, l’équivalent du grade de colonel ?

vercingetorix_roumetPar ses premiers engagements enfin : il faut attendre 1872 pour qu’on ne célèbre plus Napoléon III, le prince impérial et l’Impératrice lors des « cérémonies de santé ».

Les Francs-Maçons de cette époque sont tout d’abord les anciens des loges « Parfaite Harmonie et Feu Sacré », loges de 1830. Pourtant, le public de notables qui fréquente la loge a évolué : les négociants sont désormais plus nombreux que les avocats. Il y a aussi des nouveaux : négociants, propriétaires, riches paysans du vignoble auvergnat, militaires, limonadiers (des patrons de cafés).

Signe de l’époque, les militaires, réputés proches du pouvoir impérial, fréquentent assidûment la loge, dont le vénérable est un officier de carrière. Cependant, ces mêmes maçons sont très prompts à saluer l’arrivée de la République, dès la chute de Napoléon III connue.

Le recrutement changera après les événements de 1870, et l’on verra apparaître de fortes personnalités comme Antoine Maradeix, quarante-huitard et fervent républicain.

1868-1876 : les activités philanthropiques.

Durant cette période, les travaux de l’Atelier sont essentiellement constitués d’actions philanthropiques. Il s’occupe de charité, comme l’aide à des Frères et à des profanes dans le besoin. Il concrétise son idéal de solidarité, en participant à la construction d’un temple maçonnique à Vichy, en plaçant deux mille francs « sur l’emprunt national pour la libération du territoire », ou encore en protestant contre le massacre de Francs-Maçons à Cuba par un prêtre espagnol.

Il faut également souligner le sentiment patriotique des Frères qui, après que la France ait déclaré la guerre à la Prusse, demandent « le rejet du sein de la maçonnerie universelle du roi Guillaume 1er et de son fils Frédéric Charles ».

En 1871, Les Enfants de Gergovie s’indignent de la position des Frères favorables aux événements de Paris, c’est-à-dire à la Commune. Le_Dernier_Jour_de_la_Commune,_Paris_1871

En cette même année, ils s’interrogent sur le choix de société et déclarent que « seule la République peut faire régner la paix » et pour cela proposent « que l’objectif de la Maçonnerie doit être l’instruction des campagnes ».

Mais les événements politiques du moment, la présence de l’ordre moral, les relations parfois difficiles entre les anciens et les nouveaux, font que la loge se met en sommeil le 13 août 1876 (bien qu’il y ait 69 inscrits).

Il faut attendre 1881 pour voir à nouveau la loge reprendre ses travaux.

1881-1900, trois faits majeurs.

Trois faits importants vont susciter cette renaissance :

– Le renouveau de la Franc-Maçonnerie,

– La présence de plus en plus grande de l’Ordre du Grand Orient de France dans les décisions politiques et sociales du moment,

– L’influence du Docteur Blatin.

source : http://www.bibliotheques-clermontcommunaute.net

Dès le jeudi 9 juin 1881 a lieu la réunion constitutive, dans un nouveau temple sis au 28 de la rue Sainte Claire, sous la présidence « du Respectable Frère Docteur Blatin, Vénérable par intérim ».

L’installation définitive a lieu le 11 septembre sous la présidence du Frère Fournier, le plateau d’Orateur étant occupé par le Frère Corbière, sous-préfet de Thiers. C’est dans « les locaux décorés des écussons des loges sœurs, et même, sous cadre d’un autographe de Garibaldi » que vont se dérouler les activités de la loge selon trois principes : la Patrie, la République et l’anticléricalisme.

La Patrie, ce sont les conclusions votées en faveur des Frères Alsaciens et Lorrains. La République, ce sont les engagement pour les élections municipales de 1896 et les élections législatives de 1898. L’anticléricalisme, c’est la présence, dès 1887, de la question de la séparation des Eglises et de l’Etat dans les travaux des Enfants de Gergovie.

Le 7 mai 1892, la loge adopte le principe de la formation d’un comité de propagande anticléricale. Et on arrive en 1895, où l’Église organise une grande fête pour commémorer le huitième centenaire des Croisades au cours de laquelle un orateur déclare : « A mort la République ! Dieu le veut ! A mort la Libre Pensée ! Dieu le veut ! A mort la Franc-Maçonnerie ! Dieu le veut ! ».

Cette attitude amène une riposte rapide des Frères, et la réception le 1er juin 1895 du Président de la République, le Frère Félix Faure.

Durant cette période, la loge est cependant perturbée par le Boulangisme, si bien qu’au début de 1890, l’Atelier décide de se mettre en sommeil. Il faut toutefois compter sur l’influence du Frère Antoine Blatin pour qu’à nouveau, les travaux reprennent « avec force et vigueur ».

De 1900 à 1939.

En 1900, voici de nouvelle épreuves. Au sein de l’atelier, une lutte fratricide s’engage entre radicaux et socialistes. Profitant de cet état de fait, un jeune Maçon, puisqu’il a moins d’un an de présence au sein de la Franc-Maçonnerie et simplement le grade de Compagnon, entraîne quelques anciens et une nouvelle loge voit le jour, « Les Philanthropes Arvernes ». Cette nouvelle loge disparaît en 1917 dans la tourmecode_paix_philanthropes arvernesnte de la Grande Guerre.

Après la guerre, de 1919 à 1939, les Francs-Maçons des Enfants de Gergovie sont de plus en plus sur le forum. Ils dominent le monde politique d’alors avec des activités incontournables et des points forts : lutte anticléricale (la procession de Notre Dame du Port), organisation des œuvres péri et post-scolaires, Congrès du Parti Radical en 1934, lutte contre les Croix de Feu, participation aux événements de 1936, etc.

Il faut ajouter, dès 1924, la création de la loge « Justice » à l’Orient de Thiers et les nouveaux locaux de la rue Couthon.

Mais arrivent la guerre, le gouvernement de Vichy, l’interdiction de la Franc-Maçonnerie, les Frères surveillés, les Frères engagés, les Frères meurtris.

L’avant-dernière tenue de la paix a lieu le 16 juillet 1939. Elle est suivie par une réunion exceptionnelle le 13 août, à l’occasion du Congrès National de la Libre Pensée où le Frère Cotereau signale « la grandeur de la tâche commune de la Libre Pensée et de la Franc-Maçonnerie ».

De 1939 à nos jours.

La première tenue de la guerre a lieu le 8 octobre 1939. On continue à se rencontrer deux fois par mois. On procède à des initiations. Le 18 février 1940, la loge s’indigne d’une encyclique du Pape qui condamne agnosticisme, mais qui ne souffle mot de l’hitlérisme. La dernière réunion des Enfants de Gergovie a lieu le 4 mai 1940 et s’honore de recevoir l’illustre Frère Baylot, qui fut préfet de police en 1934 et qui, à la libération, en 1945 fut un chaud artisan de l’union inter-obédientielle.

Le-Matin-21 aout 1940

Et vint la débâcle en 1940. Le gouvernement de Vichy interdit la Franc-Maçonnerie par la loi du 13 août 1940, complétée par celles du 10 août et du 10 novembre 1941.

Que deviennent les Enfants de Gergovie ?

Les archives sont dès lors dispersées et cachées. Le temple du 14 de la rue Couthon est loué par une association dite « Service du travail des Jeunes » et décoré par « les Compagnons de France », une association pétainiste qui gère un centre de formation professionnelle, rue du Bien Assis. Puis c’est la milice qui occupe les locaux.

La plupart des Frères sont surveillés par un service dit « des sociétés secrètes » qui établit des listes de participants et des rapports sur les réunions clandestines qui ont surtout lieu au Café National, place Gaillard. De nombreux Frères sont engagés dans les réseaux de résistance (Kléber et Alibi), surtout dès novembre 1942. Ils sont les responsables des Mouvements Unis de Résistance (MUR). Certains sont fusillés, d’autres déportés.

Le renouveau en 1945.

Les travaux reprennent force et vigueur à la Libération. La commission d’épuration exclut dix Frères sur 146 inscrits. Parmi eux, 9 anciens avaient adhéré à la Légion des Combattants, et le dixième pour collaboration. Après 1945, de nombreux jeunes, issus des mouvements de résistance, prenant l’exemple de leurs aînés, frappent à la porte du Temple. Mais comme le souligne l’historien Pierre Chevallier, « les Burgraves » sont devenus une minorité.

Une nouvelle maçonnerie arrive avec la place prise par le rituel et le symbolisme. Les Enfants de Gergovie ont essaimé. De nouvelles loges ont vu le jour depuis que le nouveau Temple a été construit en 1975 et agrandi ensuite.

essaimages

La Respectable Loge Les Enfants de Gergovie, bientôt 150 ans d’existence, peut s’enorgueillir d’avoir aujourd’hui des filles, petites-filles et même de arrières petites-filles parmi les loges du Puy-de-Dôme.

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